Chers amis bloguants, visiteurs errants, hommes encore odorants,
Il a fallu un moment avant que nous nous décidions à diffuser un communiqué qui nous servira d’ailleurs de ligne éditoriale car les événements se sont précipités sans que nous puissions totalement les comprendre dans leur cohérence et globalité, et notamment le plus important d’entre eux :
c’est en effet avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition des odeurs dans la quasi-totalité des pays du monde (les odeurs les plus nauséabondes comme les plus agréables, les plus grossières comme les plus subtiles, même l’odeur de sainteté, ce qui vous l’admettrez, laisse putois.. .)
Le processus est toujours le même et je laisse s’exprimer sur ce sujet un ami américain, qui nous fait saisir l’ampleur du phénomène, d’ailleurs marquant là-bas : « Quelque chose n’allait pas cette matinée de printemps-là ; on n’arrivait plus à sentir le parfum des fleurs, même les plus entêtants, l’herbe grasse et vert-tendre suppliait l’alchimie de la rosée et du soleil, les chiens truffaient en vain au hasard des rues. Puis ce furent même les plus simples des odeurs domestiques qui commencèrent à échapper à la narine étonnée. Et enfin les gens eux-mêmes qui ne purent plus se sentir… »

Les témoignages de ce type affluent de par le monde et leurs auteurs, atteints de verve poétique ou de folie satirique agissant d’ailleurs comme une protection contre cette maladie, sont systématiquement ignorés par la majorité qui semble accepter cet état de fait. Cette japonaise qui parle d’une « bombe nouvelle et invisible » ou cet allemand constatant une « hiérarchisation impalpable des races olfactives »nous en disent long sur la dangerosité de la situation…
Les scientifiques internationaux ont bien sûr découvert depuis qu’il s’agissait d’une sorte de virus inconnu qui ravageait inexorablement la planète ; toute la communauté internationale abonde dans ce sens. Seul Bucarest en Roumanie semble étrangement épargnée, mais pour combien de temps encore, par cette peste d’un nouveau genre si je puis dire.
Il fallait donc coûte que coûte que nous réagissions, que nous organisions la défense, nous qui vivons dans cette capitale du plus célèbre des vampires.
Une cellule de crise composée de scientifiques, de littéraires et de toute autre âme de bonne volonté mais consciente du chaos à venir, décida donc de créer, par le biais du processus virtuel appelé « Blog », des odeurs synthétiques, et plus particulièrement de s’approcher le plus possible d’une des odeurs humaines les plus fortes et aussi les plus proches de notre identité génétique initiale : l’odeur de cul, rebaptisée dans ce contexte« projet CUSS » : Cul universal synthetic system.
D’aucuns diront : « Eh bien voilà, c’est fait ; la dissidence, la marginalité, l’individualisme le plus forcené ont eu finalement raison des préventions de vierges effarouchées, des utopies collectivistes, des rédemptions sublimes et ils ont finalement cédé à la création d’un blog déjanté ou à l’idéalisme béat ; ils se sont prosternés devant le Dieu Ironie, qui laisse vivre ses fidèles dans un aquarium en leur faisant croire qu’il s’agit de l’Océan ».
Eh bien non ! Nous nous insurgeons tout simplement contre un ordre inodore laissant présager le pire. Nous ne voulons pas qu’un jour, dans Bucarest, alors que ceux qui écrivent ces lignes sont encore en train de lutter au péril au moins minimal de leur carrière littéraire ou scientifique, le monde ne reconnaisse plus ses odeurs premières et salutaires. Demain, si rien n’est fait :
des parkings glacés, des yeux partout, des formes ovoïdes et translucides glissant dans des bus, des silhouettes, sihouettes, siettes, sies, ssss, des chiens fantômes et des chats brumeux, des oiseaux philosophes, des bureaux souriants, des roses marron, des marrons roses, des roseaux pansus, la mort bleue dans les arbres, des silhouettes, des lishouettes, des soulihettes, des engrenages de forge, des ciseaux-voyageurs…j’en passe.
Par conséquent, les finalités de Rétrovirus sont les suivantes, et dans l’ordre s’il vous plaît:
1) Rétablir les odeurs le plus rapidement possible et développer le sens olfactif des humains.
Pré-requis : avoir le pragmatisme et la détermination nécessaire.
2) Dénoncer tous les abus(ss) pour rétablir la justice sur terre.
Pré-requis : le talent, le courage
3) Redonner à la beauté son véritable visage inhumain : être beau…
4) Atteindre la sagesse par la non-sagesse…
Moyens : Utiliser les formules à même de fortifier l’effet du rétrovirus CUSS : imagination, humour, lyrisme, voire insolence… toujours dans l’intention de lutter efficacement contre l’épidémie.
Evaluation : par les administrateurs
Chaque jour, à l’heure où je vous parle, des centaines de personnes perdent progressivement leur odorat.
Soyez solidaires, aidez-nous : chaque fois que vous lisez ce blog, vous favorisez un peu, grâce à un fluide numérique savamment mis au point, vos défenses immunitaires contre ce virus dévastateur, et aidez ceux qui en sont atteints à se battre au quotidien.
Si vous voulez- pas supplémentaire- contribuer à rendre ce rétrovirus plus puissant, vos dons (littéraires, scientifiques ou autres) sont les bienvenus.
De la plate-forme callipyge expérimentale,
DJ Pessoa, Musset de la Balle, Captain Igloo et Couscoussier en fleur.
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