Troisième épisode :
remontée, gaz, trique.
Voilà notre héros parvenu après d’inénarrables exploits
souterrains, aux portes du paradis, et comme la résurrection des corps
représente la félicité absolue du chrétien, Tonton, bien que son véritable corps
demeurât dans le doux berceau sus-mentionné, remonta, comme par magie et effet
de dédoublement de lui-même, en chair et en esprit à l’air libre, aspiré en
plein ciel par un pur et unique vortex dont il prit quelques parcelles de bleu
et de nuages pour se tailler une cape et un pourpoint de fortune. La sensation de
liberté étant inexprimable car plus intense sous cette forme matérialisée, longtemps
il s’amusa en cabrioles, loopings et autres virevoltes, orientant les pans de
sa nouvelle combinaison en professionnel du véritable flap in the best trempe
of the modélisme interurbain.
Observons le ne cesser de batifoler et de s’amuser dans
l’espace céleste avec des rotations et d’éprouver ainsi son sens de la voltige.
C’est énervant mais c’est comme ça. Vous avez bien suivi ? Ne vous moquez
pas de lui ! Vous sauriez le faire ?
Vérifions. Prenez donc votre manuel d’apprenti co-pilote et
entraînez-vous:
Exercice 1 : sur la page bleue du ciel,
trente-deuxième nuage à 3 heures : faites un rond, penchez les ailes à
droite, puis à gauche et poussez les gaz. Pas trop tout de même pour éviter les
incidents de tuyauterie moteur.
Exercice 2 : trempez votre stylo solaire dans
l’encre du logos et dessinez une spirale latérale. Attention à ce stade de ne
jamais tenter la spirale ascendante ou descendante. Il vous faut pour cela un
niveau supérieur. Une fois la spirale dessinée, planez un peu pour stabiliser
votre appareil critique et continuez à redorer le blason de l’empennage
arrière.
Exercice 3 : Cramponné sur votre levier de
direction, détendez-vous pour ne pas rater l’ultime exercice à ce stade de
votre formation : tirez vers vous au maximum et tentez la montée vers la
première stratosphère… Voilà, n’hésitez pas… Bien, à présent et pour terminer
cette séance par un défi, vous allez redescendre en piqué de vos cinq mille
pieds à mille pieds. Prêts ?
Allez-y………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………..
vwouuuw et remontée à trois mille pieds pour stabilisation de votre engin.
Bravo ! Vous avez mérité le niveau 1. Au plaisir de vous former davantage.
Justement, alors que nous imitons maladroitement Tonton et
sa cabriole savante, ce dernier aperçoit à trois heures ce qui ressemble fort,
dans ce genre d’endroit, à un avion, un vrai, en fer et en bosses, tout à fait
outillé à l’arrière pour traverser le ciel avec la plus grande célérité. Agacé
par ce concurrent imprévu, Tonton décide de le toiser sur son aile droite et de
pousser ses gaz éthériques qui n’ont aucune raison de se laisser distancer par
ce minable tas de ferraille. Hélas, la matérialité est retorse et le combat,
dont je ne décrirai pas l’aspect chevaleresque et le conflit de virilité qu’il
représente encore dans les annales du ciel par crainte de vous importuner avec
un tel prosaïsme et une telle impudeur, fut rude. Tout ce que je puis vous
dire, c’est qu’à force de courage et d’audace, notre as des as parvint à
s’accrocher à la carlingue du zinc et à coller sa truffe inspirée au hublot…
C’était une belle bête civile grasse et grosse de l’inévitable
portée de bipèdes assortis, agglutinés et grouillants, et la faiblesse, qui
avait commencé à étendre sa patte gluante sur sa combinaison dont il avait
espérée pourtant définitivement l’étanchéité parfaite, la céda bien vite à
l’esprit du chasseur. Sur le qui-vive, il se demanda un instant comment
réagiraient ces créatures dont il ne connaissait rien, s’ils apercevaient sa
présence. Mais il constata rapidement qu’il ne pouvait être repéré, confondu
avec l’invraisemblable azur dont l’espèce ceinturée et assise ne percevait que
la couleur. Il se raffermit, étendit son œil en panoramique intégrale et modela
sa forme sur le fuselage…
MDLB
