La citation de la semaine

"Si vous m'avez compris, c'est que je me suis mal exprimé" (attribuée à différents auteurs)

dimanche 3 février 2013

Quatrième épisode : In vitro very tasse.



Et c’est ce que vous saurez dans le prochain épisode…

Tonton est un personnage, non ? En tout cas, on a vu qu’il est flexible et modelable, pas comme dans la vie réelle, vie réelle si facile à comprendre et à délimiter. Et ceux dans l’avion ? Sont-ce des personnages ? Ils ne semblent pas le croire. Et vous ? Je vais donc laisser à notre petite voix du moment le soin de dire sa vérité sur ce qu’il voit à travers le hublot, en espérant qu’il ne s’offusque pas trop ou pire ne se rebelle de ma suffisance mielleuse… et de votre incrédulité lassée.

Accolé amoureusement au hublot, tassé contre le sucre-glace de la vitre, Tonton abaissa devant ses yeux son scanner-frangipane pour mieux goûter au tableau de genre qui s’offrait à lui.

Des ombres de crèche nazaréenne et d’antiques scènes rituelles aux rois et figurines de pâtisserie semblaient d’abord immobiles. Mais en ajustant les paramètres de son scanner, il vit que certains s’animaient, que des bras s’ouvraient vers l’extérieur, se repliaient selon des causes peu décelables, que les jambes de ces sujets trépignaient, s’écartaient pour des raisons inconscientes, peut-être même maladives, et la foule de ces mouvements formait comme les interminables coups de griffes d’une bête aux abois ou comme les gestes sûrs d’un peintre halluciné sur un tableau invisible. Lenteur, beauté, cruauté, acidité, suavité, se mêlaient au chant étrange des réacteurs, chœur d’une inconcevable unité. Aperture, altération des bouches et de l’ensemble des orifices visibles et invisibles, inlassable tricotage et détricotage des doigts nerveux, anxieux, crispés sur le ventre ou sur le bras du trône de quelques heures tels les rouages inéluctables de parfaits automates. Certains gardaient les yeux et la bouche fermés comme pour conjurer par un sommeil oublieux l’incroyable vérité sur la situation et sur l’altitude, d’où semblait-il, la carcasse fragile de la créature ne supporterait pas la chute brutale, ni même la dépressurisation en cas d’éventuelle ouverture de la structure de l’appareil. Le scanner avait ainsi détecté la matière essentiellement sucrée et friable qui composait et pénétrait cette multitude bigarrée mue par un mécanisme invisible au vu des lèvres qui s’agitaient, se touchaient parfois en poissons-guimauve frétillants et cherchant l’issue, au vu des oeillades mêmes, où de secrètes lois d’attraction et une science du temps et du placement rendaient inexorables la présence des choses.

Décidé à aller plus loin dans l’investigation, Tonton sortit ses excroissances auditives en cornet de glace (vanille/fraise) qu’il ventousa sur la vitre. Et ce fut un concert bien étrange que produisit ce studio haut-perché : comme de loin, par la loi de la pression, venaient à lui, tendres et convulsifs, des rires d’enfants de plage perdus dans l’immensité d’un vide clos, des bribes de paroles où poignaient les modulations de diverses émotions d’abord insolemment présentes et aussitôt remplacées par d’autres tout aussi peu survivantes. Plus loin encore, par la pièce de chocolat qui lui servait de troisième œil au milieu du front, se percevaient les vibrations sages de quelques yeux penchés sur des pages remplies d’autres mots d’où émanait une lumière douce et muette ; et puis parfois même aussi, comme une ultime raillerie, l’éclat silencieux d’un rire lucide se détachant en rayon d’une rétine. Tout était si artisanalement dessiné que sa dernière analyse panoramique lui fit comprendre que même le sourire évasif errant sur ses masques telle la ligne décorative d’un bonbon, était l’empreinte acidulée des souvenirs : ô, se surprit-il à penser, chers arlequins enrubannés, tout vous est souvenir alors, le pire comme le meilleur, et quand vous avez fini d’être sucé, tout disparaît... hormis peut-être, pour l’effroyable mâchoire à la langue à jamais inassouvie, avide, absconse, le goût de sucer indéfiniment. Et pour vous, friandises,  l’illusion d’avoir cru être infiniment sucée. Que la mâchoire devienne bonbon ou inversement reste l’apanage de quelques rares spécimens intuitifs…

Ainsi cette exquise sculpture pâtissière, avec plus ou moins de barbe et de cheveux, travaillait-elle donc à sa survie en remplissant des rôles qu’elle croyait tenir d’elle-même, et, après bien des traumatisses, des révoltes et des choumissions, finirait par se fondre au sale Umo. Oui tu sortiras de ta condition animale primaire, oui tu construiras de beaux Babels, oui tu lutteras pour un jour meilleur et pour entrer dans l’épopée dont tu rêves, et oui, comme Roland sortant d’une boulangerie, tu sonneras du croissant pour ton péan sucré.

Sur ces réflexions amènes, il vit défiler de jolis uniformes poussant des espèces de chariots contenant de la nourriture…Miam !


MDLB

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