Quatrième épisode : In vitro very tasse.
Et c’est ce que vous
saurez dans le prochain épisode…
Tonton est un personnage, non ? En tout cas, on a vu
qu’il est flexible et modelable, pas comme dans la vie réelle, vie réelle si
facile à comprendre et à délimiter. Et ceux dans l’avion ? Sont-ce des
personnages ? Ils ne semblent pas le croire. Et vous ? Je vais donc
laisser à notre petite voix du moment le soin de dire sa vérité sur ce qu’il
voit à travers le hublot, en espérant qu’il ne s’offusque pas trop ou pire ne
se rebelle de ma suffisance mielleuse… et de votre incrédulité lassée.
Accolé amoureusement au hublot, tassé contre le sucre-glace
de la vitre, Tonton abaissa devant ses yeux son scanner-frangipane pour mieux
goûter au tableau de genre qui s’offrait à lui.
Des ombres de crèche nazaréenne et d’antiques scènes
rituelles aux rois et figurines de pâtisserie semblaient d’abord immobiles.
Mais en ajustant les paramètres de son scanner, il vit que certains
s’animaient, que des bras s’ouvraient vers l’extérieur, se repliaient selon des
causes peu décelables, que les jambes de ces sujets trépignaient, s’écartaient pour
des raisons inconscientes, peut-être même maladives, et la foule de ces
mouvements formait comme les interminables coups de griffes d’une bête aux
abois ou comme les gestes sûrs d’un peintre halluciné sur un tableau invisible.
Lenteur, beauté, cruauté, acidité, suavité, se mêlaient au chant étrange des
réacteurs, chœur d’une inconcevable unité. Aperture, altération des bouches et
de l’ensemble des orifices visibles et invisibles, inlassable tricotage et
détricotage des doigts nerveux, anxieux, crispés sur le ventre ou sur le bras
du trône de quelques heures tels les rouages inéluctables de parfaits
automates. Certains gardaient les yeux et la bouche fermés comme pour conjurer
par un sommeil oublieux l’incroyable vérité sur la situation et sur l’altitude,
d’où semblait-il, la carcasse fragile de la créature ne supporterait pas la
chute brutale, ni même la dépressurisation en cas d’éventuelle ouverture de la
structure de l’appareil. Le scanner avait ainsi détecté la matière essentiellement
sucrée et friable qui composait et pénétrait cette multitude bigarrée mue par
un mécanisme invisible au vu des lèvres qui s’agitaient, se touchaient parfois
en poissons-guimauve frétillants et cherchant l’issue, au vu des oeillades mêmes,
où de secrètes lois d’attraction et une science du temps et du placement
rendaient inexorables la présence des choses.
Décidé à aller plus loin dans l’investigation, Tonton sortit
ses excroissances auditives en cornet de glace (vanille/fraise) qu’il ventousa
sur la vitre. Et ce fut un concert bien étrange que produisit ce studio
haut-perché : comme de loin, par la loi de la pression, venaient à lui,
tendres et convulsifs, des rires d’enfants de plage perdus dans l’immensité
d’un vide clos, des bribes de paroles où poignaient les modulations de diverses
émotions d’abord insolemment présentes et aussitôt remplacées par d’autres tout
aussi peu survivantes. Plus loin encore, par la pièce de chocolat qui lui
servait de troisième œil au milieu du front, se percevaient les vibrations
sages de quelques yeux penchés sur des pages remplies d’autres mots d’où
émanait une lumière douce et muette ; et puis parfois même aussi, comme
une ultime raillerie, l’éclat silencieux d’un rire lucide se détachant en rayon
d’une rétine. Tout était si artisanalement dessiné que sa dernière analyse
panoramique lui fit comprendre que même le sourire évasif errant sur ses
masques telle la ligne décorative d’un bonbon, était l’empreinte acidulée des
souvenirs : ô, se surprit-il à penser, chers arlequins enrubannés, tout
vous est souvenir alors, le pire comme le meilleur, et quand vous avez fini d’être
sucé, tout disparaît... hormis peut-être, pour l’effroyable mâchoire à la langue à
jamais inassouvie, avide, absconse, le goût de sucer indéfiniment. Et pour
vous, friandises, l’illusion d’avoir cru
être infiniment sucée. Que la mâchoire devienne bonbon ou inversement reste
l’apanage de quelques rares spécimens intuitifs…
Ainsi cette exquise sculpture pâtissière, avec plus ou moins
de barbe et de cheveux, travaillait-elle donc à sa survie en remplissant des
rôles qu’elle croyait tenir d’elle-même, et, après bien des traumatisses, des
révoltes et des choumissions, finirait par se fondre au sale Umo. Oui tu sortiras
de ta condition animale primaire, oui tu construiras de beaux Babels, oui tu lutteras
pour un jour meilleur et pour entrer dans l’épopée dont tu rêves, et oui, comme
Roland sortant d’une boulangerie, tu sonneras du croissant pour ton péan sucré.
Sur ces réflexions amènes, il vit défiler de jolis uniformes
poussant des espèces de chariots contenant de la nourriture…Miam !
MDLB
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