Sixième épisode : descendez voie 12 !
Et c’est ce que vous
saurez dans un prochain épisode…
Il fallait s’y attendre ;
tenté de se fondre dans cette surréalité qu’il voudrait transcendantale, Tonton
sent qu’il pourrait forcément fondre en dépression, la réalité étant souvent
descendentale, même dans un avion. Ce poil lui avait donné peu d’indices, mais
surtout, avec un sens de la communication inné, le bourdon, si bien qu’il
décide de quitter le nid douillet où il était installé et de s’aventurer vers
les parties supérieures de la créature dite de « genre
féminin » , aux dires du douanier pubien, en qui on peut par
atavisme avoir confiance, et puis aussi pour se mettre au diapason du verbe,
puisqu’il semble qu’il y vibre.
Par le biais du skate St Jacques à
disposition auprès de la perle fessière, il skipa, boardit and climbut avec
habileté sur une vague impression jusqu’à la partie supérieure de la Venus , la partie la plus
noble et nubile s’entend, pour entendre, à coup sûr, entendez-moi bien, la voix
des anges civilisateurs :
« Mesdames et Messieurs, bienvenue en Dousmanie où nous
atterrirons dans quelques minutes en l’aéroport de Vech-eck. Le commandant de
bord vous prie de bien vouloir mettre votre ceinture et d’attendre l’arrêt
complet de l’appareil avant la descente que vous ferez par la voie 12 ».
La voie 12 ?!! Quelle voie 12 ? Comment expliquer
cette soudaine incongruité ? D’abord, j’aurais bien dû me douter que cette
voix mielleuse cachait des choses inavouables, des trucs pas nets, et que c’est
ça ce que ça veut dire voie 12… Parce qu’y a pas de raison… Ah ! mais on
m’la fera pas à moi, qui suis c’que j’suis, et sain d’esprit, et qui ne veut
rien d’autre que m’entretenir avec des choses pures.
« Du calme mon garçon… "
« Oh là, qui parle ? »
« Cheveu 4413, raie 3, sillon 67, pour vous
servir. »
Quel magnifique fil de soie soyeux superbe et d’or se
présenta alors devant les yeux émerveillés de Tonton ! Ca dépassait
l’entendement. Hein !? Keskidi ? Y dit que ça dépasse l’entendement.
Excusez mais pour cette fois et pour la dernière, j’ai vidé une certaine
quenouille… car je préfère la quenelle… une fois pour toutes quand elle est
bien préparée. Or donc, disais-je-puisque vous suivez à peine- pris d’un vertige
intérieur manifesté par cet air interdit, dont savent si mal se départir les
simples, il laissa échapper son trouble dans un magnifiquement naif: Ôhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !
«Chut ! Ne criez pas ainsi dans ces lieux sacrés et ne
restez pas interdit ; vous êtes en zone protégée et de ce fait mériteriez
une sévère sanction de notre reine Chignon bien aimée pour violation de
propriété. Néanmoins, après consultation de la Haute Autorité et parce que vous
m’êtes sympathique et puis aussi parce que visiblement vous êtes là par hasard
et sans capacité à nuire, je vous autorise à faire une petite visite guidée de
ce complexe nommé pour les besoins de la cause complexe Beta. Nous verrons
ensuite ce que nous pourrons faire de vous ».
Un certain malaise parcourut le corps évanescent mais
néanmoins sensible de notre jeune candide, une menace implicite… Mais la
curiosité, l’absence de plan pour l’avenir, la stupeur aussi, l’enjoignirent à
répondre benoitement:
- Bien, dites-moi ce qu’il faut que je fasse, je me sens un
peu démuni et étrangement ému dans cet endroit.
- C’est normal, tout le monde éprouve cela la première fois.
Tout est d’ailleurs prévu à cet effet, afin que celui-ci soit immanquable. Une
haute technologie qui a fait ses preuves et dont le métronome est si subtil que
personne n’en a encore pu deviner le secret.
- Sauf vous peut-être ?
- Permettez que j’esquive la question.
Et il laissa glisser un billet dans la poche venteuse de
Tonton, interdit pour la seconde fois. Il l’accepta cependant dans un mouvement
de solidarité archaïque et spontané qu’il s’expliquait mal, et aussi par peur.
« C’est un sujet longuement débattu et qui le sera
encore lorsque ce monde ne sera plus voyez-vous. Suivez-moi je vous
prie ».
Notre stagiaire en entreprise de séduction demeurait comme hypnotisé
par ce cheveu à la voix si hautaine et charmante à la fois, un cheveu d’ange
peut-être…
« Vous pouvez apercevoir à votre droite, dans ce repli
inférieur de la peau, notre nouvelle installation issue de la plus haute
technologie high-cou, qui dit si peu et suggère tant, afin que l’ensemble des
yeux, toujours avides, toujours aveugles, arrivent en grand nombre ici et se
déversent dans ce grand récipient via ce tuyau qui les aspire habilement de
l’extérieur selon un procédé ayant déjà largement fait ses preuves : l’apparition/disparition.
Il serait vain de vous livrer tout le fonctionnement de ce système bien trop
complexe pour votre intellect restreint et surtout sans expérience comme cela
semble être votre cas, mais vous pouvez attester son efficacité. Comme vous le
voyez, l’ensemble des substances agglomérés, orbites, cornées, cristallins, etc…
va subir une transformation destinée à alimenter cette réserve d’énergie
représentée à votre gauche par cette sorte de grand four appelé convertisseur
d’ébahissement.
Tonton demeurait coi, et sans se poser trop de question sur
le quand, le où et le comment, posa quand même avec prudence son regard pourquoisant
sur l’espèce d’énorme masse métallique tassée aux pores qui semblait couver un
feu sombre. Cette dernière était raccordée à un câblage fait de matières
mi-organiques, mi-synthétiques dont il discernait mal la composition possible.
Mais ce qui était sûr, c’est que ça n’était pas ragoutant, pour employer une
terminologie bourgeoiso-catholique délicieusement désuète et pincée. Il crut
même apercevoir au loin les ourlets encore vibrants d’une cape ou d’une tunique
où était-ce une étole s’en allant au déluge ? Merde, il fallait un
deuxième regard, une seconde vue, et il envoya dans un même élan Balzac et
Baudelaire et Bibi au rang de la lettre B, définitivement, pour ête le seul à
connaite la véité. Il en âlait le bouge.
Des émanations de contre-chant qui auraient liquéfié toutes
les formes de volonté sirénaient insensiblement par des spores invisibles, et
nourrissaient une bouche immense où se discernaient des happements stomachiques
dont Tonton percevait douloureusement l’acidité.
C’est dire comme était l’essence parvenue de ce phonème
élégiaque parcouru de tous les jappements des transis, irrémédiable, impitoyable,
moussu et bulleux, un marais salaud contenant toutes les épaves des sentiments
les plus grands et les plus déchirants et qui s’abouchait inéluctablement dans
cet entonnoir à misères pour sortir sans doute plus tard au bout de la chaîne
en boite de cœur né d’ tif. Jamais Tonton ne s’était senti aussi mal à l’aise,
pressentant un horrible secret que le regard mi-sadique, mi-lassé du cheveu 4413
confirmait. Lentement en effet, de sa camblouse
fatigue, antédiluvienne et heureusement montante encore, lui revenaient pêle-mêle
les échancrures falotes de cous où, dévot, il jouait l’échanson. Sur cette portée malingre s’écrivaient encore en filigrane
des notes de parfums passés et à peine surnagés sur l’océan d’un doute absurde
mais terriblement présent. C’était ça l’espoir et sa panoplie de visions, sa
terrasse à construire, les brumes de maisons-mères déjà déconstruites à la
première pierre du souvenir. Non, il ne fallait rien attendre et très vite
partir de cet endroit habité par le malheur. A l’appel de la voix civilisatrice,
il prit effectivement la voie 12 et s’en fut, espérant tout de même rester le
poète inaltérable et inaliénable, contrepoids de fer volatile aux anges ferreux
qui chignonnaient, semblait-il, l’infini du monde avec une désinvolture et une
certitude coupables.
Quelle verve, yen de la boule, pour sûr ! Faudra que je relise ça le cortex à froid et la mouillette au ventilo.
RépondreSupprimer